La Détresse et l'enchantement, l'autobiographie de Gabrielle Roy publiée à titre posthume en 1984, comporte deux parties, respectivement intitulées «Le bal chez le gouverneur» et «Un oiseau tombé sur le seuil». Elles racontent, de façon successive et dans un ordre essentiellement chronologique, la petite enfance, l'adolescence et les années où Gabrielle Roy a pratiqué le métier d'institutrice au Manitoba, puis son séjour de deux ans en Europe, où elle a d'abord suivi des cours de théâtre, pour véritablement découvrir sa voie, l'écriture, lors d'un séjour à Upshire, non loin de Londres, dans la modeste demeure d'Esther Perfect et de son père. À l'origine, ce projet autobiographique, qui a occupé la romancière pendant les sept ou huit dernières années de sa vie, devait compter quatre parties. Les deux premières réunies dans le livre publié un an après sa mort par François Ricard (Éditions du Boréal) sont les seules qu'elle ait eu le temps de compléter et auxquelles elle ait pu apporter des corrections et révisions plus ou moins substantielles. Or, une troisième partie, où Roy raconte surtout le douloureux épisode de la mort de sa mère, était déjà bien entamée, puisqu'il en existe trois états successifs, qui sont conservés dans ses archives à Bibliothèque et Archives Canada. Le troisième — la dernière version qu'elle ait revue — a fait l'objet d'une publication en 1997 sous le titre Le temps qui m'a manqué (Éditions du Boréal, coll. «Cahiers Gabrielle Roy»).

L'une des particularités de ce dossier génétique est sa forme manuscrite. En effet, contrairement aux textes des deux premières parties de l'autobiographie, que Gabrielle Roy avait fait dactylographier, et dont elle avait annoté les tapuscrits, les textes du Temps qui m'a manqué n'ont pas été l'objet d'une révision finale comme la romancière avait l'habitude de le faire. Ainsi, les éditeurs du volume publié en 1997 précisent, à juste titre, qu'il s'agit d'un texte inachevé, en chantier, «qui n'a pas atteint [...] sa forme pleine et définitive» (TM, p. 8). En même temps, on ne peut pas affirmer qu'il demeure tout à fait inachevé sur le plan esthétique, puisqu'il présente «une grande unité formelle et thématique» (TM, p. 8).

Sont ici accessibles les trois états du texte, en permettant à la fois la consultation d'une reproduction numérisée des manuscrits, d'une transcription diplomatique des textes ainsi que d'une version «nettoyée», appelée version «linéaire». Le texte du Cahier 3 demeure le texte de base, dans la mesure où il présente la dernière version écrite et corrigée par Gabrielle Roy. Ainsi, les variantes (V) ont été établies à partir du contenu du dernier cahier, auquel a été comparé celui des deux versions précédentes.

Le Cahier 3 est également celui auquel a été ajouté l'appareil de notes critiques et explicatives. Ces notes viennent mettre en valeur des éléments intertextuels, donner des précisions sur les personnes, les lieux, les œuvres citées, ainsi que sur certains événements historiques qui sont évoqués.

Par ailleurs, un moteur de recherche permettant d'effectuer des recherches ponctuelles par thèmes, par mots clé, par noms de personnes, de lieux et d'œuvres a été créé. Il a été voulu le plus «sommaire» possible, afin de laisser à l'interprète toute la liberté qui lui revient, le but n'étant pas d'imposer une certaine interprétation du texte par l'opération de balisage, mais bien de proposer une manière de faciliter le repérage de certains passages parmi les plus significatifs.

Nous espérons rendre disponible l'ensemble du dossier génétique à distance permettra aux chercheurs de proposer de nouvelles pistes d'analyse du texte — et du coup des autres textes de Roy —, et que cela incitera les professeurs à élaborer de nouvelles stratégies pédagogiques pour l'enseignement de la littérature. Nous souhaitons également que le grand public, très attaché à l'œuvre de la romancière, puisse y trouver matière à satisfaire sa curiosité.

Nous ne pourrions passer sous silence l'excellent travail effectué par les programmeurs du Digital Collections Program de la Bibliothèque de l'Université McGill. Sans leur disponibilité, leur intérêt et leur grande ouverture d'esprit, ce projet n'aurait pu voir le jour. Nous remercions également Bibliothèque et Archives Canada pour les images, Elizabeth Thomson et Yiluo Song pour la programme et Maria Gosselin pour la conception graphique. Merci enfin au Conseil de recherche en sciences humaines du Canada pour son appui financier dans ce projet.